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    I, Robot

    Le robot Pepper gagne en QI grâce au cerveau Watson d'IBM

    Par Jean-Christophe Féraud
    Le robot Pepper, qui s'appuie sur l'intelligence artificielle en réseau, a été conçu par Aldebaran dont Softbank a pris le contrôle.
    Le robot Pepper, qui s'appuie sur l'intelligence artificielle en réseau, a été conçu par Aldebaran dont Softbank a pris le contrôle. Photo Yoshikazu Tsuno. AFP

    Le japonais Softbank a fait appel au géant informatique américain pour rendre son petit humanoïde plus «intelligent». Grâce au système Watson d'IBM, Pepper pourra mieux comprendre ses interlocuteurs humains. Peut-être le début d'une nouvelle ère pour la robotique grand public.

    Jusque-là capable de répondre à des questions simples avec sa drôle de voix trop aiguë et un peu mécanique, le robot humanoïde Pepper mis au point à l’origine par la start-up française Aldebaran Robotics va voir son QI grimper en flèche. Son nouveau propriétaire, le japonais Softbank (qui a racheté Aldebaran en 2014), a annoncé ce jeudi au CES de Las Vegas un accord avec IBM pour lui offrir le fameux système d’intelligence artificielle Watson mis au point par le géant informatique américain. «Doté d’IBM Watson, Pepper sera capable d’extraire du sens des données informatiques que les ordinateurs ne savent généralement pas comprendre», ont indiqué les deux groupes dans un communiqué.

    Avec pour «cerveau» Watson, qui avait notamment gagné 1 million de dollars en concourant en 2011 au jeu télévisé Jeopardy, Pepper sera capable de mieux comprendre ses interlocuteurs humains pour répondre à leurs demandes les plus variées. Softbank, qui a déjà déployé Pepper dans ses boutiques de téléphonie mobile au Japon, espère ainsi que son petit robot (1m20) – qui sait reconnaître certaines de nos émotions grâce à un logiciel de reconnaissance faciale, et en exprimer avec ses grands yeux ronds changeant de couleur – pourra remplacer un jour les vendeurs humains dans les magasins ou les hôtesses d’accueil dans les entreprises. Autres jobs envisagés pour Pepper : servir de prof à des enfants ou de compagnon à des malades ou des personnes âgées… Perspective inquiétante pour Marcela Iacub selon qui Pepper a d'abord été «conçu pour mieux vivre nos solitudes»: «comme si les changements opérés ces dernières décennies dans nos sociétés avaient rendu indispensable la collaboration avec des humanoïdes, pour que nous continuions à ressembler à des humains», écrivait récemment notre chroniqueuse.

    De son côté, IBM se pose moins de questions existentielles sur l'avenir du genre humain confronté à l'avènement des machines animées: la firme américaine mise sur ce petit androïde avenant et loquace pour faciliter l’utilisation tous azimuts de son intelligence artificielle, à qui il manquait jusque-là un corps. N'en déplaise à Kubrick, les êtres humains sont plus enclins à taper la conversation avec une créature qui leur ressemble plutôt qu’avec une armoire informatique parlant comme «Hal» dans 2001 l'Odyssée de l'espace. «Quand les fonctions cognitives sont intégrées dans un robot, nous voyons les gens profiter de cette technologie de façon nouvelle et plus enthousiaste», explique ainsi Mike Rhodin, un des dirigeants d’IBM, cité dans le communiqué conjoint. 

    Mieux que Forrest Gump

    Jusqu’ici, pour le grand public, l’intelligence artificielle se résumait surtout aux assistants personnels nichés derrière l’écran de nos smartphones comme Siri celui d’Apple ou Google Now. Ce qui faisait dire à l’écrivain Aurélien Bellanger dans un récent article pour Libé que Siri était «le Forrest Gump de l’âge des machines» Avec Watson s’invitant dans la petite tête de Pepper, l’IA devrait mériter un peu plus son nom. Le successeur de Deep Blue est en effet nourri par 90 serveurs surpuissants et une «mémoire» de 200 millions de pages de langage naturel moulinant des océans de big data. Ce qui en fait sans doute l’intelligence artificielle la plus aboutie du moment, même si Google et Facebook, qui redoublent d’efforts en la matière, ne sont sans doute pas loin de rattraper IBM.

    Selon son fabricant, Pepper, qui a succédé à son grand frère Nao (la vedette de l’émission Salut les terriens de Thierry Ardisson), serait en tous cas en passe de devenir le premier robot humanoïde réellement grand public. On ne le trouve pas encore chez Darty comme les robots-aspirateurs de la firme américaine i-Robot, mais Softbank assure en vendre un millier d’exemplaires par mois (essentiellement au Japon et aux Etats-Unis), malgré son prix élevé (8000 euros avec tout son package d'applications et sans Watson évidemment). Précision amusante: au pays du Soleil levant, où les hommes en pincent pour les poupées qui ne disent jamais non, Softbank a pris la précaution de joindre à Pepper une charte d’utilisation interdisant les relations sexuelles avec son robot : qu’on se le tienne pour dit, «le propriétaire ne doit pas entreprendre d’acte sexuel ni aucun autre comportement indécent» sur le petit Pepper dont le genre et les orientations restent a priori indéterminés. Bizarres ces japonais tout de même...

    Pas de cybersexe avec le robot domestique

    Le patron milliardaire de SoftBank, Masayoshi Son, est en tout cas persuadé que les robots domestiques - en attendant les cyber-soubrettes - auront un jour la même place dans les foyers que les ordinateurs aujourd’hui. Et il se donne les moyens de ses rêves robotiques: le géant chinois du commerce en ligne Alibaba et l’industriel taïwanais Foxconn sont ainsi entrés l’an passé au capital de SoftBank Robotics. Les trois entreprises capables de mobiliser des milliards de dollars d’investissement pour produire Pepper en grande série ont annoncé vouloir «bâtir une structure pour hisser ce robot et d’autres sur la scène internationale»…

    Mais malgré les effets d’annonce des uns et des autres, on est encore loin du film I, Robot où des androïdes obéissants aux trois lois d’Asimov sont totalement intégrés à la société humaine (jusqu’au jour où…). Et encore plus loin de la fameuse «singularité», ce moment de bascule technologique vertigineux où l’intelligence des machines surpasserait l’intelligence humaine (le pape des transhumanistes californiens Ray Kurzweil l'a prévu pour 2030). Car en pratique, notre ami Pepper «powered by IBM Watson», cela ressemble encore à ça…

    Jean-Christophe Féraud
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